L’entreprise libérée, concept à la mode, génère une performance opérationnelle durable ainsi que du bonheur au travail pour ses salariés. Quels sont les ingrédients de cette double promesse ? Peut-on les mesurer pour les diffuser ?

Pourquoi parle-t-on autant de l’entreprise libérée ?

Ce concept sonne comme une promesse. L’ouvrage d’Isaac Getz et Brian M. Carney « Freedom, Inc. » paru en 2009 démontre que certaines pratiques managériales et organisationnelles permettent de libérer la capacité d’entreprendre des salariés et de les rendre plus performants. « Libérez vos employés et laissez-les conduire votre entreprise vers de meilleures productivité, croissance et profits » nous promet le sous-titre de leur ouvrage.
Le documentaire « Le bonheur au travail »[1], diffusé en 2015 sur Arte reprend le concept d’entreprise libérée et ajoute à la promesse de performance celle de « bonheur ». L’entreprise libérée permettrait donc d’être non seulement plus performant, mais aussi heureux au travail.
Cette promesse de bonheur au travail était encore plus attendue que celle de performance, au moins, pour deux raisons :
1. Le travail est toujours autant délétère, notamment en France, comme le souligne Patrick Légeron dans son dernier ouvrage [2] et ses récentes communications[3] . L’accélération des évolutions renforce l’inadaptation des entreprises fonctionnant sur un mode d’organisation taylorienne et bureaucratique. Dans ce type d’organisation, la variable d’ajustement reste trop souvent l’humain et donc le salarié à qui il est parfois demandé, sous forme d’injonction paradoxale, d’augmenter continuellement sa performance sans que les moyens augmentent en conséquence. Le concept d’entreprise libérée offre de nouvelles perspectives pour optimiser les modes de production et gagner en efficacité.
2. De nombreux d’articles[4], ouvrages[5] et documentaires[6] ont été consacrés à la souffrance, au mal-être, aux risques que représente le travail pour l’individu. Un besoin d’entendre un message positif concernant une activité qui occupe plus de la moitié de notre temps éveillé était fortement attendu.

C’est très certainement pour ces deux raisons que l’ouvrage « Freedom, Inc. » et le documentaire « le bonheur au travail » ont connu un franc succès. En effet, en décrivant l’existence de modes d’organisation qui allient bien-être au travail et performance durable, leurs auteurs répondent à une double attente très forte.
Si la performance, et sa durabilité, sont facilement objectivables[7], le bien-être au travail est une notion davantage empreinte de subjectivité. Celle-ci fait notamment référence à la qualité de vie au travail, et plus largement à la santé psychologique des salariés et à leur niveau motivation.
Il reste donc à faire la démonstration du lien entre les principes managériaux et organisationnels régissant les entreprises dites « libérées » et le bien-être de leurs salariés. Les outils de mesure de la santé psychologique et de la motivation sont disponibles pour cela[8].
Aussi, nous nous proposons de réaliser une étude prospective pour étayer l’existence d’un lien entre entreprise « libérée » et bien-être au travail. Nous pourrons ainsi établir si les pratiques managériales et organisationnelles d’entreprises dites libérées génèrent de la qualité de vie au travail.

Mathieu Bourdon, Consultant Manager

 

[1] Martin Messonnier, Arte France

[2] Le Stress au travail, un enjeu de santé, Patrick Légeron, Odile Jacob, 2015

[3] « Les chiffres sont accablants. Le dernier rapport de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail indique qu’en matière de prévention des risques psychosociaux les entreprises françaises se situent globalement en dessous de la moyenne des 36 pays étudiés et même pour certains critères dans le peloton de queue». Patrick Légeron à propos de l’« Enquête européenne des entreprises sur les risques nouveaux et émergents » (ESENER-2), dans la lettre n°8 du Cabinet Stimulus de décembre 2015

[4] Du «harcèlement» à la «souffrance au travail» : la recatégorisation des risques psychosociaux dans une situation de négociation syndicale, Sophie Bernard, la Nouvelle revue de psychosociologie, n°10/2010

[5] « Souffrance au travail » CFDT France-Télécom-Orange, Christophe Dejours (2012)

[6] « J’ai (très) mal au travail » Jean-Michel Carré, documentaire (2006)

[7] La productivité du Ministère de la Sécurité Sociale belge a augmenté de 20% en 1 an pendant le mandat de Laurence Vanhée en 2009, la FAVI n’a eu aucun retard de livraison depuis 1985…

[8] L’outil MSP (mesure du stress psychologique, Lemyre L. Tessier R., 1988) permet de mesurer le stress des individus. Croisé avec les facteurs environnementaux du travail, le SP29 (Stress professionnel en 29 items), il mesure le risque psychosocial des salariés (Stimulus, 2010). L’outils MAW’s (Motivation at work) permet de mesurer la motivation des salariés, Marylène Gagné Concordia University, Montréal, Québec, 2010.

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