3 leviers pour faire de la France la championne de la santé au travail

champion de la santé au travail

Intervenant aux 11èmes rencontres de la santé au travail présidée par la députée Charlotte Parmentier-Lecocq, David Mahé a évoqué les efforts que nous devons faire pour que la France devienne enfin une référence en matière de santé au travail.

Le retard français

Longtemps, la France a été loin des pays d'Europe du Nord, à la traine dans les classements internationaux sur le stress au travail ou la mise en œuvre d'actions de diagnostic, de formation et de prévention. Notre pays ne dispose que d’une faible culture de la prévention. 96 % des dépenses de santé en France sont relatives au soin, 4% à la prévention ! Nous sommes fâchés avec les indicateurs et nous avons eu des difficultés à accepter l'importance des questions de santé mentale.

Il est vrai aussi que, contrairement à d’autres pays, c'est sous la contrainte que nous avons appréhendé les sujets de santé au travail. Nous avons appris en réaction à des situations sanitaires délétères, sous la pression de contraintes légales, sociales ou médiatiques. Cette histoire française a tracé un chemin d'expérience douloureux pour les experts, les DRH, les élus et les managers.

Nous avons du retard, mais aussi des atouts et des défis à relever.

Les atouts français

#1 La santé au travail : un précieux objet de consensus

Le premier atout est que la santé au travail est devenue un objet de consensus alors qu’il fut jadis un sujet de conflit notamment sur le terrain des relations sociales. Dans notre pays profondément divisé et habitué aux confrontations stériles,

la santé au travail est un des rares sujets qui fasse enfin l'objet de conversations apaisées et fructueuses.

Au niveau national, un accord national interprofessionnel (ANI) a été signé par les partenaires sociaux en décembre 2020. Une loi sur la santé au travail est en cours de discussion et sera promulguée en 2021. Au niveau des entreprises, le dialogue social produit des dizaines de milliers d'accords sur la santé, la sécurité ou la qualité de vie au travail.

#2 Une compétence collective en progrès

Depuis 30 ans, la compétence collective des organisations à produire de la santé au travail s'est développée. Les politiques de sécurité, de prévention des TMS et des risques psychosociaux se sont structurées. La sensibilité des salariés a été renforcée, comme les savoir-faire et la culture de la prévention et du soin qui infuse peu à peu au sein des entreprises, rendant chacun plus responsable et plus engagé.

#3 L'entreprise est un acteur de santé crédible

La crise sanitaire l'a mis en lumière : l’entreprise est perçue par les salariés comme un lieu de protection. Ils ont une grande confiance dans la capacité de leur entreprise à être un acteur efficace en matière de santé. Cela s’est traduit par la mise à disposition des masques, par l'efficacité des procédures sanitaires et la réactivité des DRH pour adapter les outils, les méthodes, les pratiques professionnelles comme le télétravail. Aujourd'hui, la France peut s’appuyer sur les entreprises pour produire de la santé.

les atouts français en faveur de la santé au travail

Des défis à relever

#1 Rendre disponibles les données de santé au travail

Notre premier problème, ce sont les datas. Alors que nous sommes capables, via nos smartphones, de connaitre le nombre de tests Covid positifs passés quotidiennement, que nous sommes capables de connaître chaque mois les indicateurs du PIB ou du chômage, il nous faut trois ans pour connaître ceux de la santé au travail ! Nous ne pouvons plus continuer comme cela. Nous ne pourrons pas mener de bonne politique de santé au travail sans disposer de données publiques fraiches et d'indicateurs indiscutables, de la part du ministère du Travail, de la sécurité sociale, de la branche ATMP ou d'organismes indépendants.

#2 Prendre soin des travailleurs qui en ont le plus besoin

Les progrès accomplis depuis trente ans concernent les grandes entreprises, des ETI, ou des PME dynamiques.

Les efforts et les moyens publics doivent être orientés vers les TPE, les indépendants, vers ces millions de travailleurs qui ont très peu accès aux offres de santé au travail.

C’est un angle mort. Comme cela a été fait dans la formation en 2018, nous pourrions tout à fait imaginer orienter des dispositifs publics afin que l’ensemble de la population active française puisse bénéficier de nos progrès en matière de santé au travail.

#3 Investir massivement sur la prévention

La France ne sera championne de la santé au travail que lorsque nous aurons réellement mis l’accent sur la prévention en développant notre compétence collective. En évaluant et en prenant en compte les impacts humains dans les projets de transformation. En mettant en place des procédures de gestion de crise, car cela fait désormais partie des risques et du quotidien de l’entreprise. En acceptant les vulnérabilités, pour faire de l’entreprise un lieu d’inclusion.

Nous devons assumer collectivement le fait que la santé mentale est désormais le premier sujet de mauvaise santé des travailleurs français et que l’on en fasse une priorité pour notre pays.

 

Si nous parvenons à relever ces trois défis, nous aurons une chance de devenir un champion de la santé au travail. Ce sera une réponse aux besoins de notre époque : sécurité et protection pour les citoyens, efficacité et impact pour les entreprises et attractivité pour notre économie.

David

 

David MAHE

Président de Stimulus

Retrouvez l'intervention de David Mahé en vidéo lors des rencontres pour la Santé au Travail 2021 :