Burn out

Le 20 décembre dernier, trois anciens dirigeants de France Télécom étaient reconnus coupables et condamnés pour harcèlement moral à un an de prison, dont huit mois avec sursis, et 15 000 euros d’amende. Une peine jugée par beaucoup relativement faible, même si elle est le maximum prévu au moment des faits (depuis, la loi prévoit des peines plus lourdes).

Ce n’était que l’épilogue (provisoire, les intéressés ayant fait appel) d’un long procès de plusieurs semaines de mai à juillet, concernant les nombreux suicides de salariés survenus dans cette entreprise en 2007 et 2008.

On se souvient de l’importante médiatisation à l’époque de ces suicides qui avaient interpelé les entreprises, le monde du travail et plus largement notre pays. Ce fut un véritable électrochoc qui devait conduire, avec 10 à 20 ans de retard par rapport aux pays d’Europe du nord, à mobiliser enfin les pouvoirs publics (publication du rapport Nasse-Légeron sur les risques psychosociaux pour le Ministre du travail en mars 2008) et les partenaires sociaux (signature de l’Accord national interprofessionnel sur le stress au travail en juillet 2008).

Plus de 12 ans après, l’écho fait au jugement rendu a été bien plus discret. Celui-ci survient dans une actualité sociale forte qui place ces questions de souffrance au travail au second plan. Pourtant, la juridiction pénale a reconnu l’infraction de « harcèlement moral constitué par une politique d’entreprise et d’organisation du travail », ce qui n’est pas rien ! Mais l’«affaire France Télécom» ne peut pas être réduite aux suicides dans cette entreprise. On y a relevé de nombreux cas de dépression, de burn-out et encore plus de souffrances et de détresses psychologiques. Cette réalité plus « modeste » n’a pas vraiment été abordée lors du procès. Les suicides ne sont que la partie visible d’un iceberg. Il est probable que beaucoup d’entreprises ne se sentiront pas concernées par ce jugement portant sur des événements dramatiques dont elles se croient éloignées tant ils apparaissent extrêmes.

Alors que l’on pouvait s’attendre à un nouvel électrochoc, il est finalement à craindre que ce jugement ne contribue que modestement à inciter les entreprises et leurs directions à s’impliquer davantage dans la mise en place d’actions de prévention en santé psychologique au travail quand notre pays reste encore très en retard dans ce domaine. Rappelons que, à côté de quelques centaines de suicides au travail, l’on estime à plusieurs centaines de milliers le nombre de salariés touchés par des pathologies mentales liées au travail chaque année en France.

Dr Patrick Légeron – Fondateur de Stimulus