La dépression, comment la prévenir ?

Prévention de la santé mentale dépression

Aujourd’hui, c'est la journée européenne de la dépression, maladie psychologique qui touche ou touchera au moins 15% des Français au cours de leur vie, selon l’INSERM. Elle se caractérise notamment par une humeur dépressive, une perte d’élan vital, une forte anxiété, un ralentissement psychomoteur, des pensées suicidaires et divers symptômes physiques (troubles du sommeil, de l’alimentation, fatigue intense).

Camille Boulic, psychologue clinicienne Stimulus, fait le point sur ce trouble psychologique, malheureusement l'un des plus répandus, et partage ses conseils pour agir sur notre mieux-être.

Y a-t-il des personnes plus vulnérables que d’autres ?

Il est important de rappeler que nous sommes totalement inégaux face aux événements de vie que nous rencontrons. Génétiquement tout d’abord, nous venons d’un terrain différent auquel nous ajoutons des expériences de vie de la naissance à aujourd’hui qui ne peuvent jamais être identiques. Nos relations sociales, notre famille, notre travail, notre lieu d’habitation, nos animaux domestiques, la présence de chocolat dans notre placard, notre compte en banque, nos loisirs, tous ont une influence sur notre santé mentale !

Une fois cela posé, il est clair que certaines personnes seront plus « à risques » de développer une dépression sans que cela soit une fatalité.

Dépression ou épisode dépressif ?

Rappelons que nous sommes des êtres en perpétuel mouvement, notre curseur émotionnel se déplace continuellement sur une ligne allant du bonheur intense à la dépression sévère. Il est tout à fait normal d’expérimenter, au cours de notre vie, des épisodes marqués par une tristesse importante, une perte de motivation, d’intérêt, des perturbations physiques quels que soient les événements rencontrés. Pour autant, cela ne relève pas nécessairement d’une dépression.

Ne confondons pas peine, contrariété, tristesse avec une humeur dépressive, à savoir une impossibilité à ressentir du plaisir ou de la joie.

Une perte de motivation et d’intérêt ne conduit pas nécessairement au désespoir. Nous pouvons avoir moins d’appétit et un sommeil agité quelques temps en réaction à divers évènements sans être en dépression.

Comment agir pour préserver sa santé mentale au quotidien ?

Vous l’aurez compris, tout est une question d’intensité et de temporalité. Cependant, Il est vrai qu’il est possible de basculer en dépression si nous ne réagissons pas à temps.

La bonne nouvelle c’est que 40% de notre niveau de bonheur dépendent des actions que nous mettons en place !1 Rassurant me direz-vous, mais quelles sont nos options de prévention ?

L’idée est d’agir au niveau biologique, social et psychologique afin de renforcer un équilibre qui est certainement perturbé.

Commençons par remettre un minimum de plaisir dans notre quotidien. Arrêtons d’obéir à des injonctions de performance et culpabilisantes nous interdisant de passer deux heures devant notre série préférée.

« Il faut optimiser mon temps, le rendre utile », d’accord et si cela vous fait du bien là, maintenant, tout de suite ?

Faisons le lien avec la lutte permanente dans laquelle nous pouvons nous trouver au quotidien : « Je ne dois pas craquer », « j’ai des responsabilités », « que penserait mon entourage ? ». Autant de pensées nous empêchant d’accueillir nos émotions et de légitimer notre mal-être. Aussi efficace qu’une bombe à retardement ! Alors arrêtons-nous quelques minutes, faisons l’état des lieux de la situation, posons-nous la question de nos besoins et de nos priorités à l’instant présent. Prenons le temps de remettre en question certaines croyances catastrophiques et automatiques rendant certaines situations insurmontables. En résumé, prenons du recul !

Ces dernières années, la psychologie positive a montré l’intérêt de la gratitude. L’idée est de faire le point, par écrit idéalement, des situations quotidiennes dans lesquelles nous avons ressenti de la joie ou du moins une touche, même minime, de bonheur. Alors, à nos carnets et apprenons à notre cerveau à prendre conscience de ces plaisirs quotidiens.

Enfin, d’un point de vue biologique, notre hygiène de vie a une forte influence sur notre santé mentale. Prenons le temps d’exercer une activité physique régulière qui agit en antidépresseur naturel. Évitons les aliments ultra transformés, les boissons constituées de 12 morceaux de sucre qui n’ont aucun effet bénéfique sur notre corps et notre cerveau.

 

Nous avons donc des manières d’agir sur notre mieux-être. Malgré tout, quelle que soit l’intensité de nos symptômes, il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel, psychologue ou psychiatre. N’attendons pas d’enchaîner les insomnies, de perdre du poids, d’être isolé·e, de pleurer tous les jours pour agir.

La prévention est la clé de notre bonheur, alors surtout prenons soin de nous !

Camille BOULIC

 

Camille BOULIC

Psychologue clinicienne Stimulus

1Cerveau & Psycho n°147 - Octobre 2022 / S.Lyubomirsky et al., The benefits of frequent positive affect : Does happiness lead to success ?, Psychological Bulletin, 2005