Animer la convivialité d’équipes dispersées

manager des équipes dispersées

Depuis le début de la crise sanitaire, nous observons une très grande variété de configurations d’équipes : salarié·es massivement en télétravail, resté·es sur site, en « alternance » site et télétravail ou sur site « au volontariat », personnes à risque contraintes au télétravail, etc.

Il y a toutefois une constante à tout cela : les membres de l’équipe sont dispersés. Il est donc difficile pour la plupart des managers de retrouver le collectif de travail qu’ils ont connu avant le 16 mars. Impossible de réunir tout le monde en même temps. Difficile d’inclure les télétravailleurs, de savoir si les gens vont bien, d’organiser des temps de convivialité.

La convivialité

Le plaisir de vivre ensemble, qui « favorise la tolérance et les échanges réciproques des personnes et des groupes qui la composent »[1] . La convivialité au travail, ce sont tous les petits et grands gestes qui permettent cela. Pauses café, déjeuners en commun, dîners d’équipe, jeux collectifs, etc. C’est tout le « hors travail » qui permet d’entretenir de bonnes relations « dans le travail ».

Mais la convivialité suppose dans nos cultures de se voir, de se toucher, de partager (souvent de trinquer). Inenvisageable aujourd’hui. Comment faire cela quand tout ou partie de mon équipe est à distance ? Est-ce encore pertinent ou utile ? Est-ce cela dont les gens ont besoin lorsqu’ils sont dispersés ?

La convivialité n’a pas la même saveur à distance. Si certaines équipes ont été créatives dans l’organisation de ces moments, beaucoup de managers admettent que « ce n’est pas pareil ». Et parfois, voulant bien faire, certains managers se sont imposés des virtual cafés avec leur équipe, avec, en retour, au mieux une participation polie, au pire un désintérêt flagrant. Pourtant, à plein d’occasions aussi, les membres de l’équipe ont exprimé un véritable besoin de ces temps collectifs où l’on ne parle pas du travail. « Ce n’est pas aussi bien qu’en vrai, mais c’est mieux que rien, ça nous fait du bien ».

Alors que faire ? Et comment ?

Tout d’abord, en tant que manager, partez de l’équipe pour identifier ce dont ils auraient besoin, ou envie. Des équipes très chargées ou très contraintes peuvent voir d’un mauvais œil le fait de « rajouter un temps inutile ». Certaines personnes ont besoin de leur petite dose quotidienne d’échanges entre collègues, mais ne se voient pas trinquer à distance le vendredi soir. D’autres au contraire aiment ponctuer la fin de semaine par un temps collectif. Vous ne pouvez pas savoir à l’avance ce qui leur sera le plus utile, alors demandez-leur. Et si le format imaginé par l’équipe s’use avec le temps, ce sera le moment de ré-impliquer tout le monde sur l’évolution du format.
Et si votre équipe ne souhaite pas organiser de temps convivialité, n’insistez pas. Vous pourrez mobiliser d’autres leviers.

Ensuite, cela semble peut-être trivial mais ces temps de convivialité sont aussi une façon de reconnaître les efforts. C’est un don pour l’équipe, et non un devoir social. Il est donc fortement recommandé d’organiser ces temps pendant les horaires de travail, en étant très vigilant aux contraintes individuelles (par exemple : éviter les temps « virtuels » trop tôt le matin qui excluraient les parents d’enfants scolarisés). Idéalement, le format doit mettre tout le monde sur un pied d’égalité. Donc si une partie de votre équipe est à distance et l’autre sur site, ces derniers devraient idéalement participer « comme si » ils étaient à distance… c’est-à-dire devant leur poste de travail et non dans une salle de réunion où à la machine à café. Cela évite de satelliser les télétravailleurs vis-à-vis d’un collectif présent sur site.

Si vous le pouvez, choisissez un thème pour vos temps de convivialité, qui relève du partage. Choisir un thème en équipe peut être un moyen utile d’améliorer la saveur du moment. Partager des idées, des préférences, etc. nourrit la convivialité (c’est un don).

L'exemple (emprunté à l’un de nos clients) d'une équipe qui a organisé sa semaine de la façon suivante :

  • le lundi chaque membre de l’équipe partage un morceau de musique qu’il apprécie ;
  • pendant la semaine chacun écoute les propositions de ses collègues ;
  • le vendredi après-midi, l’équipe se réunit en « virtuel » pour parler de ces découvertes, ce que chacun a aimé, moins aimé, etc.

Un temps de partage « hors travail » pendant les horaires de travail, qui enrichit tout le monde.

Enfin, ne vous obstinez pas à mettre en place des temps de convivialité coûte que coûte si cela ne prend pas ou si l’équipe n’est pas cliente. Car en temps de crise, surtout lorsque l’on est dispersé, les réflexes de solidarité, de soutien réciproque, l’habitude de parler « métier », le partage des connaissances est ce qui risque de disparaître le plus facilement. C’est aussi (et surtout) là que vous devez déployer votre énergie en tant que manager. Les prochains articles sur le management d’équipes dispersées essaieront de vous y aider.

Adrien Fender

 

[1] source : dictionnaire Larousse